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Pièce nº Rey17750705

Type Lettre
Identifiant Rey17750705
Date de composition 1775-07-05
Certitude sur la date haute
Date de réception /
Expéditeur Rey, Marc Michel
Destinataire Éon, Charles de Beaumont d’
Lieu d'envoi Amsterdam
Lieu de réception Londres
Adresse /
Lieu de conservation Tonnerre, Médiathèque Ernest Cœurderoy
Cote T49
Cote (copie) /
Imprimé /
Edition /
Autographe oui
Signature oui
Renvois /
Incipit L’honneur de la votre, Monsieur, du 7 avril dernier m’est parvenu à Bouillon
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Rep. Le 30 Avril 17761.

À Amsterdam le 5  avril  juillet 1775`

L'honneur de la votre, Monsieur, du 7 avril dernier2 m'est parvenu à Bouillon où je me trouvois3, du depuis j'ay atrapé un accès de goute qui ne m'a pas laissé la liberté de vacquer à mes affaires4.

La lettre dont vous me parlés, Monsieur, du 11 juillet 17745 ne m'est jamais parvenue Mr Dinot 6 ou l'aura oubliée ou n'aura pas passé dans ce pays.

Je desire pour votre bien etre et pour votre repos que le Roy acquiessse à vos raisons7 et vous mette dans une position n'avoir rien à desirer. Je ne crois pas quevous ayés jamais rien à craindre de lui, mais il y a si peu de probité parmi les grands qu'il est prudent de ne pas s'y fier8.

Que voulés vous, Monsieur, que je vous dise sur les ouvrages que vous avés reçeu de moi, sur les incomplets, les manquant et les doubles, nous pouvons avoir des erreurs, vous pouvés en avoir fait n'étant pas accoutumés à trier des livres en feuilles9.

Venons presentement à l'essentiel, j'ay reçeu les 8 volumes de manuscrits10. 7 sont dans mon bureau et n'ont été vu que de moi, ainsi qu'ils sont dans le meme etat que je les ay reçeu, je n'en ay pas extrait un mot et si j'en étois capable, puis vous les rendre je ferois l'action d'un coquin, je crois que ce peu de mots peut vous suffire, voulés vous que je vous les renvoye après? Réponse positivement

Quand au Poyet 11 je l'ay remis entre les mains du correcteur pour le lire, puis former les lettres qui en avoient besoin afin que l'imprimeur put le composer, ce qu'il n'auroit pu faire sans cette précaution, il a été arrêté par un calcul en cifre ou personne n'entendoit goute, je me suis adressé à Mr de Sainte Palaye12 à Paris qui m'en a donné l'explication, cet affaire nous a arrêté tout court, et l'ouvrage est là jusques à ce que j'étois débarrassé d'autres affaires pour pouvoir le reprendre, mais en attendant il est convenable pour tous les deux que nous sachions à quoi nous en tenir, avant que j'aille plus loin, que voulés vous [2] que je vous paye pour ce manuscrit? Il ne formera qu'un volume in 8° je crois qu'en vous en donnant f.150. – de Hollande ou 300 livres il sera payé. Si je n'avois pas été arrêté il auroit été exécuté l'année dernière.

Je vous ay fourni pour f. 1.363.-de livres, il y a audela d'un an si vous avés entendu de ne me les payer que par ce que vous pourriés me fournir en manuscrit j'ay très mal entendu; je comptois bien qu'une petite partie pourroit vous revenir par ce moyen; me demander aujourd'huy que je puis les ravoir en payant les relieurs, c'est me faire une demande qui répugne et qui n'est pas digne de vous Monsieur, je croirois presque ce n'est pas vous qui me la faite.

Je suis la duppe en plain de Mr de Vignolles13 , je ne l'aurois pas nommé si vous ne m'en parliés pas.

J'ay placé en France 150 d'Eon à 19 lt 10 s. de France payable en billets à deux ans et de plus 150 en change à 24 lt14.

J'en ay placé un couple de cent ailleurs moyennant quoi j'en ay encore 1.500 exemplaires. Cet entreprise me coûte f. 15.000 de Hollande15, je ne crois pas en avoir retiré 5.000- moyennant quoi j'y perd réellement 10.000 florins, on l'a contrefait à Lyon16 et c'est cette edition qui se vendra en France. Je n'y en place pas une feuille, ils vendent cette édition 15 lt de France aux libraires, la mienne me coute beaucoup plus, voila un état vray de cet affaire.

Becket17 et Elmsly18 en ont placé 6 exemplaires moyennant quoi je suis obligé de leur restituer les fraix de transport de Amsterdam à Londres les droits de sortie et d'entrée, les fraix du retour ou les leur laisser pour leurs fraix.

[3] Voulés vous, Monsieur, aujourd'huy que je perde encore mon envoy? Il y a entrautre une Encyclopédie que j'ay payé moi meme et dont il vous faut encore les tomes 14,15, 16,17 de Discours,

plus les tomes 5, 6, des planches, que j'ay en main et que je vous enverrai quand il vous plaira19.

Vous me proposés, Monsieur, d'autres manuscrits mais dans la position où vous me mettés, je ne puis pas les accepter.

Voulés vous dessider définitivement sur cet affaire?

En vous rendant 7 volumes de manuscrits, je vous prouve que je ne crois pas que j'y trouve mon compte si je les imprimois.

Et si je prends quelqu'autre chose de vous, Monsieur, a propos de quoi y mailer Mr Trembley20 , je n'en vois pas la nécessité, il est bien plus simple de traiter sans une tierce personne.

Je suis persuadé qu'on peut faire un bon extrait des 13 volumes de vos Loisirs, mais il ne me convient pas de l'entreprendre, pendant que j'en ay 1.500 exemplaires21.

Je vous prie, Monsieur, que nous mettions une fin; pour le prix du manuscrit de Poyet, je n'en ferai point usage que nous ne soyons d'accord là dessus et en second lieu sur mon envoy: je ne demande qu'à vous prouver que je vous estime toûjours.

J'ay l'honneur d'être véritablement Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur.

Rey

Notes

1 Voir Rey17760430.

2 Rey17750407a.

3 Marc Michel Rey est parti d’Amsterdam en avril 1775 à destination de Bouillon, il rentre à Amsterdam début mai accompagné de sa fille aînée, Jeanne Marguerite, épouse de Charles Weissenbruch. Cette dernière repartira pour Bouillon, fin juin, accompagnée de sa mère Elisabeth Rey et de ses deux sœurs Suzanne Madeleine (1762-1777) et Julie Elisabeth (1764-1794) voir Rey17750507, Rey17750512 et Rey17750818.

4 Rey est atteint de crises de goutte, forme d’arthrite sévère, dont il se plaint très régulièrement auprès de ses correspondants depuis les années 1760, voir par exemple la lettre adressée à Jean Jacques Rousseau (Rey17620722), ou celle écrite à Pierre Rousseau (Rey17710210).

5 Cette lettre ne nous est pas parvenue.

6 La bibliothèque de Tonnerre conserve une correspondance entre un monsieur Dinot de Jopecour et le chevalier d’Éon pour l’année 1774. Le même Dinot de Jopecour, convive d’un dîner à l’ambassade de France à Berlin, est cité dans l’ouvrage de Dieudonné Thiébault, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin ou Fréderic le Grand, sa famille, sa cour, son gouvernement, Paris, F. Buisson, 1805, vol. 3, p. 239., voir aussi une mention dans Rey17740623.

7 À Londres, Éon s’inquiétait de son sort depuis la mort de Louis XV survenue le 10 mai 1774 et cherchait à rentrer en France. Vergennes, secrétaire d'État des Affaires étrangères de Louis XVI, avait proposé à Éon, par l’entremise du comte de Broglie, un arrangement qui lui accordait une pension de 12.000 livres par an en échange de la totalité des papiers secrets qui restaient entre ses mains. Éon avait refusé cet accord et l’ancien chef du Secret fut chargé, dans une lettre du 18 janvier 1775, de le ramener à la raison : « […], Monsieur, j'apprends avec le plus grand étonnement que vous n'avez pas accepté les propositions qui vous ont été faites par M. le comte de Vergennes, et que vous avez méconnu le prix des bontés que le Roy vouloit bien avoir pour vous en vous conservant le même traitement qu'il avait plu au feu Roy de vous accorder. », (Correspondance secrète inédite de Louis XV…éd. E. Boutaric, Paris, Plon, 1866, t. II, p. 442-443). Éon persiste et rédige un Mémoire dans lequel il pose au roi les conditions de son retour. On lit dans une lettre de Louis XVI à Vergennes du 26 janvier 1775, l’étonnement du roi face aux demandes du chevalier : « Je vous renvoie, Monsieur, la note de d'Éon. Je n'ai jamais vu pièce plus impertinente et plus ridicule ; s'il n'avoit pas des papiers importants, il faudroit l'envoyer promener ; et, comme vous pensez, il faudra emploier bien mal douze mille livres à lui faire garder le secret, qui sera moins important plus il s'éloignera », (Correspondance secrète inédite de Louis XV…éd. E. Boutaric, Paris, Plon, 1866, t. II, p. 445-446). Cependant l’importance des papiers détenus par Éon laissait la diplomatie française dans l’inquiétude. Alors qu’Éon, très endetté, attendait une réponse favorable pour son retour en France en s’acquittant de sa mission d’informateur, Beaumarchais qui avait négocié avec Morande la destruction du pamphlet contre Madame du Barry (Rey17740330) était dépêché à Londres en avril 1775 pour négocier avec Éon. La rencontre de Éon et de Beaumarchais, que les deux hommes décrivent de façon très pittoresque, eut lieu probablement en avril 1775. En octobre 1775, les relations sont encore bonnes entre les deux hommes et Éon envoie à Beaumarchais son édition des Loisirs (Bodleian Library, Oxford, Ms autogr. C.9 F.88-89, oct. 1775), un portrait de lui et différents cadeaux. Voir aussi la notice biographique.

8 Rey se montre très souvent méfiant à l’égard du gouvernement français. Voir Rey17731012a.

9 Éon avait passé une longue commande d’ouvrages (Rey17740508) en échange de manuscrits confiés à Rey pour publication (Rey17740227). À plusieurs reprises, Éon s’était plaint d’avoir reçu des ouvrages incomplets (Rey17750407a) alors que ceux-ci avaient voyagé en feuilles. Rey dans ses lettres du 12 mai 1774 (Rey17740512) et du 23 juin 1774 (Rey17740623) avait alerté Éon sur les risques de confusion dans l’assemblage des ouvrages livrés en cahiers non reliés.

10 L’agrément passé entre Éon et Rey le 27 février 1774 mentionne 4 titres de manuscrits en 8 volumes (Rey17740227) en échange d’une longue liste d’ouvrages (Rey17740508). Rey s’était engagé à publier uniquement le manuscrit du « Procés du chancelier Poyet 1543 » en 1 volume.

11 Histoire du procès du chancelier Poyet, pour servir à celle du règne de François I, roi de France, avec un chapitre préliminaire sur l'antiquité et la dignité de l'office de chancelier, et sur les vicissitudes qu'il a éprouvées. Par l'historiographe sans gages et sans prétentions (Londres [Amsterdam], s.n. [Marc Michel Rey], 1776, 8°) ; sur cette édition voir Rey17740512 et Rey17741227.

12 Jean-Baptiste de La Curne de Sainte-Palaye (1697-1781), historien, philologue et académicien, correcteur pour Rey du manuscrit de l’Histoire du procès du chancelier Poyet, pour servir à celle du règne de François I (Londres [Amsterdam], s.n. [Marc Michel Rey], 1776, 8°), voir Rey17740512 et Rey17741227.

13 Jean Joseph de Vignoles ou Jean Joseph Joniot [Janiau] dit de Vignoles, homme de confiance et secrétaire de chevalier d’Éon. Voir Rey17710928b. Rey se plaint à plusieurs reprises de son manque de rigueur, voir Rey17720814 ; Rey17730205.

14 Dans sa lettre du 27 décembre 1774, Rey mentionnait avoir « placé environ 400 [exemplaires des Loisirs] en France ».

15 Dans les lettres du 23 juin 1774 (Rey17740623) et du 27 décembre 1774, il indiquait un coût de 14 000 florins et, en décembre, une perte probable de 20 000 livres (Rey17741227).

16 En effet, une édition des Loisirs en 13 volumes, qui reprit fidèlement le texte de l’édition de 1774, jusqu’à la Dédicace au duc de Choiseul, parut en 1775 à l’adresse d’Amsterdam. La bibliographie matérielle (signatures à droites en romain, ornements typographiques) confirme que cette édition comme l’indique ici Marc Michel Rey a été contrefaite à Lyon, peut-être chez Louis Buisson. Voir Rey17741227.

17 Thomas Becket, libraire à Londres, éditeur des premiers volumes des Loisirs en 1770 en association avec Peter Abraham de Hondt. Éon est en procès avec lui, voir Rey17731012a.

18 Peter Emsley, libraire à Londres, chez qui Rey avait séjourné lors de sa visite au chevalier d’Éon en février 1774, voir Rey17730818 et Rey17740216.

19 Rey fournit à Éon une réédition in folio des volumes de l’Encyclopédie en 17 volumes de texte (1771-1774) et 11 volumes de planches (1770-1776) publiée chez le libraire genevois Gabriel Cramer (1723-1793). Voir Rey17741227.

20 Abraham Trembley (1710-1784), célèbre naturaliste genevois. Il se rendit à 23 ans en Hollande pour étudier à l'université de Leyde puis se consacra à la zoologie en 1736 et entreprit des études sur l'hydre d'eau douce, publiés dans des Mémoires pour servir à l'histoire d'un genre de polypes d'eau douce, à bras en forme de cornes (Leide, J. et H. Verbeek , 1744, 4°) ; les figures et planches gravés sont de Pieter Lyonet et Jakob van der Schley ; ce dernier est la graveur de la « Marque aux abeilles » de Rey ; voir Rey17460000b. Trembley devint précepteur du prince de Hesse-Hombourg à Varel (Frise), puis des fils du comte William Bentinck (1739-1747), alors résident anglais à La Haye, qui devint son protecteur. Il fit de nombreux voyages en France, en Angleterre et en Allemagne. De retour à Genève en 1756, Il devint codirecteur de la Bibliothèque publique. Membre de la Royal Society de Londres (1743, médaille Copley), correspondant de l'Académie des sciences de Paris (1749), il était en relation épistolaire avec Charles Bonnet et Nicolas Allamand, eux-mêmes correspondants de Rey. Son nom apparaît dans la correspondance de Rey dès 1747 (Rey17470314) à propos de la publication de l’ouvrage de John Tuberville Needham, Nouvelles découvertes faites avec le microscope par T. Needham, Traduites de l’anglais. Avec un Memoire sur les Polypes à bouquet et sur ceux en Entonnoir. Par A. Trembley. Tiré des Transactions Philosophiques (Leide, de l'imp. d'Elie Luzac fils, 1747, 12°). Nous ne savons pas exactement quel rôle tient Trembley dans le différend qui oppose Rey et Éon. Sur Trembley, voir Marc J. Ratcliff, L'Effet Trembley ou La naissance de la zoologie marine, [Genève], La Baconnière arts, 2010.

21 Éon semble avoir proposé à Rey de publier un extrait de ses Loisirs.