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Marc-Michel Rey

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Marc-Michel Rey (1720-1780) est un libraire imprimeur qui eut un rôle central dans la diffusion de la pensée des Lumières. Il est né à Genève, de parents originaires de Treschenu dans le Diois. Il commence son apprentissage d'imprimeur en 1733, avec le libraire Philippe Henri Hutter, à Francfort-sur-le-Main puis le poursuit jusqu'au début des années 1740 chez son parrain Marc Michel Bousquet. Il devient bourgeois de la ville d'Amsterdam le 14 janvier 1746 et est admis à la corporation des libraires le 31 janvier suivant. Il épouse à Bruiksloot (Amsterdam), le 24 avril 1747, Elisabeth (1723-1778), fille du renommé libraire Jean Frédéric Bernard (1680-1746), dont il reprend le fonds à la mort de celui-ci. Parmi ses enfants, signalons Marguerite Jeanne, née le 10 juin 1749, qui épousera le beau-frère de Pierre Rousseau, Charles de Weissenbruch, directeur et rédacteur-en-chef du Journal Encyclopédique, et animateur principal de la Société typographique de Bouillon, et Suzanne, née le 3 mai 1762, filleule de Jean-Jacques Rousseau. Marc-Michel Rey est le protégé de Prosper Marchand, qui le mentionne souvent dans sa correspondance. Sa « marque aux abeilles » est gravée par Jacob van der Schley (1715-1779), l’un des meilleurs élèves de Bernard Picart, exilé à La Haye avec Marchand.

En janvier 1754, Rey se fait connaître par sa réimpression du Journal des savants, combiné avec les Mémoires de Trévoux. En 1764, le périodique est à nouveau modifié en Journal des savants, avec des extraits des meilleurs journaux de France et d'Angleterre pour devenir en 1776, le Journal des savants, combiné avec les meilleurs journaux anglais. De 1775 à 1777, il édite le Radoteur. Rey est connu également comme imprimeur des philosophes des Lumières : il est inquiété dès 1752, à propos de la réimpression de Melotta Ossonpi, roman scandaleux qui viserait la mère de la Marquise de Pompadour. Il a de nouveau des ennuis pour avoir imprimé le Dictionnaire philosophique, l'Evangile de la raison et le Sermon des cinquante de Voltaire, avec lequel il entretient une relation de confiance. Il devient l'éditeur de Rousseau et son ami, avant de rompre avec lui en 1774. Rey imprime aussi plusieurs textes de Diderot et de nombreux ouvrages du baron d'Holbach – ses ouvrages propres et ses traductions. Ces documents nous donnent une idée précise de son atelier à Amsterdam, de sa collaboration avec Naigeon ainsi que du travail de l'abbé Du Laurens. Nous pouvons lire sa correspondance avec ses clients grands et petits (Rousseau, Voltaire, Diderot, Jacobi, Du Peyrou, Court de Gébelin, Panckoucke, Malesherbes et tant d'autres), la liste des ouvrages envoyés de Paris, par la veuve Duchesne, à Amsterdam et de ceux que Rey lui fournit selon les commandes qu'elle reçoit; nous assistons aux négociations de son agent Leclerc avec Antoine de Sartine, lieutenant général de police à Paris, pour la diffusion de livres; nous avons les attestations de transport des capitaines de vaisseaux qui partent pour Rouen et découvrons les noms des intermédiaires et tout le détail du passage des livres envoyés – « sous le couvert de l'intendant général des postes ou d'un administrateur» ou bien « par la diligence ou par des voyageurs » – par Naigeon à son frère cadet, contrôleur des vivres à Sedan, qui les fait suivre à Mme Loncin à Liège, qui les expédie à Amsterdam. Nous pouvons nous faire une idée du réseau international de ce commerce, qui va d'Amsterdam partout aux Provinces-Unies, à Londres, à Düsseldorf et à Münster, à Hambourg, à Darmstadt, à Saint-Petersbourg et à Panamaribo.

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Les premiers ouvrages à l’adresse de Rey paraissent en 1746 mais Rey est avant tout un libraire et ses revenus proviennent de la vente de livres imprimés par ses soins ou diffusés par sa maison jusqu’à sa mort en 1780. Sa correspondance, ses notes de comptabilité avec les libraires de l’époque, Duchesne, Dessaint et Saillant, Néaulme, Luzac montrent l’importance de son réseau commercial.

Présentation du projet

Le projet Marc-Michel Rey consiste à proposer au public la correspondance, les archives de librairie (comptabilité, catalogues de libraire) et les archives familiales de cet important libraire-imprimeur. Ces documents ont d’abord été réunis par Jeroom Vercruysse, professeur à la Vrije Universiteit Brussel (Bruxelles), qui en a fait don à l’Institut d’histoire de la pensée classique (UMR-5037) à Saint-Étienne. Il est possible aujourd’hui d’accéder à un inventaire critique en trois accès : la correspondance active et passive entre 1744 et 1780, les archives de librairie, les archives familiales.

A partir de l’inventaire, un lien conduit au descriptif précis de chaque document. Progressivement une édition critique de ces documents (transcrits à partir des manuscrits et annotés par une équipe de spécialistes) sera mise en ligne. Elle permettra de faire connaître au public les activités d’un libraire au dix-huitième siècle et son rôle central dans la diffusion de la pensée des Lumières, dans toute l’Europe.

Le catalogue des ouvrages recense les publications portant la marque de Marc-Michel Rey avec un lien vers leur numérisation lorsqu’elle est disponible. Un ensemble de documents (arbre généalogique, catalogues des fonds, images) permettra de donner une idée plus précise du réseau international autour de cet atelier à Amsterdam.